Analyse UFAPEC 2010 par J. Vieslet

28.10/ L’hypersexualisation des jeunes, impossible à contrer ?

Introduction

Magazines, publicités, internet, télévision, dans notre société d’aujourd’hui, les allusions au sexe sont partout. Selon une recherche canadienne, c’est même un « constat de surenchère sexuelle dans la société occidentale »[1]. La moindre publicité pour un appareil électroménager utilise des allusions sexuelles, tout du moins un corps féminin pour mettre le produit en avant.
Les femmes sont les premières touchées par cet attrait majeur pour le sexe, et bien sûr, les jeunes n’y échappent pas.
Au moment de leur vie où la construction identitaire est la plus forte, ils sont entourés de messages à caractère sexuel plus ou moins prononcé, voire encouragés à la pratique.
Selon l’office québécois de la langue française, derrière ce terme complexe d’hypersexualisation se cacherait un « phénomène de société selon lequel de jeunes adolescents adoptent des attitudes et des comportements sexuels jugés trop précoces »[2]. Ces comportements précoces peuvent être vus par tout un chacun : tenues vestimentaires et accessoires, postures aguicheuses, voire transformations du corps et interventions médicales de plus en plus tôt.
 
Que faire pour freiner ou contrer cette hypersexualisation de nos jeunes ? Faut-il interdire télévision, internet et vie sociale ? Faut-il envisager une réglementation des médias ? Ou faut-il simplement observer, impuissant ?

L’hypersexualisation, à qui la faute ?

Ce phénomène d’hypersexualisation de la société et particulièrement des jeunes n’échappe plus à personne, mais d’où vient-il ?
Ses « causes » sont multiples et la première est historique. Durant le 20ème siècle, nous avons assisté à une libéralisation de la sexualité, avec mai 68 et les années qui suivirent. Cette libéralisation s’est accompagnée d’une vulgarisation de la sexualité. La sexualité devient un impératif de vie, c’est du moins l’idée que l’on veut faire passer, et les médias aident à faire passer le message en intégrant la sexualité dans tous leurs programmes ou presque : publicités, interviews de célébrités, émissions spécialisées etc.
Ce qui transmet le plus d’allusions sexuelles est malheureusement ce qui intéresse le plus les jeunes : Internet, les magazines spécialisés pour ado, la téléréalité,… un marché est même créé, des produits sont particulièrement consacrés aux ados et aux « tweens »[3] (comprenez par-là les 9-14 ans). Leurs idoles féminines et à peines plus âgées s’habillent déjà comme de vraies femmes, pourquoi ne pas en faire autant ?
On assiste également à un phénomène de jeunisme dans notre société contemporaine : la beauté réside dans la jeunesse. Certaines mères s’habillent comme des adolescentes et renvoient à leurs enfants que la jeunesse et la sensualité (sexualité ?) sont synonymes de bonheur.
Tous ces éléments combinés amènent les jeunes à adopter ces comportements qui ne correspondent pas à leur âge. Après tout, si on vend des strings à ma taille, pourquoi je n’en porterais pas ? Leurs idoles, Internet, la télévision et des émissions comme la téléréalité leur proposent des modèles basés sur la sexualité qu’ils peuvent aisément copier grâce aux produits qui leurs sont tout spécialement dédiés (faux piercings autocollants, vêtements sexys de taille enfant,…)

Qu’implique l’hypersexualisation ?

On constate que ce phénomène dit de l’hypersexualisation toucherait majoritairement les filles, peut-être est-ce dû en partie à l’arrivée de leur puberté avant celle des garçons.
Il faut également reconnaitre qu’en termes de physique, la société a toujours attendu plus des femmes. L’identité de la femme a toujours été associée à la sexualité et au corps, et ce probablement en lien avec leur rôle dans la naissance des enfants. De plus, nous avons toujours vu des rapports de domination de l’homme sur la femme dans la sexualité[4], notamment dans la pornographie. C’est donc presque naturellement que les vêtements sexy, les magazines pour adolescents prodiguant des conseils sur l’amour ou la sexualité sont plus vite destinés aux femmes et aux filles.
Mais ne nous leurrons pas, les garçons n’échappent pas totalement à l’hypersexualisation, celle-ci est simplement différente. Les modèles proposés aux garçons sont des modèles de beauté et de performance : acteurs, sportifs,… il faut également savoir que les garçons sont plus facilement attirés par la pornographie[5], et les représentations qui sont associées aux garçons dans ces documents sont encore une fois liées à la performance. Les jeunes hommes ont donc un poids de réussite sur leurs épaules.
 
Ce qu’implique une telle sexualisation des jeunes dans une société comme la nôtre est de l’ordre de l’incompréhension ou tout du moins, une mauvaise compréhension de la réalité. 
Dans un premier temps, les jeunes adoptent des comportements qui ne sont, à la base, pas destinés à leur tranche d’âge. Strings pour fillettes, vêtement provoquants, discussion tournant autour du sexe et ce, dès le début de l’adolescence, voire la fin de l’enfance.
 
Dans un second temps, la sexualité elle-même est banalisée. Elle est vue comme un passage obligé dans le couple, ou pour être  « bien vu ». Des tests de magazines comme « es-tu une gentille, une salope ou une super salope »[6] laissent penser que le sexe fait partie intégrante de la vie de tous, préados y compris. On remarque toutefois qu’il n’y a pas d’abaissement général de l’âge de la première relation sexuelle complète. Mais bien souvent ce sont le sexe oral ou les caresses intimes qui sont banalisées par les jeunes. Le message global relevé après la journée organisée par Latitude Jeunes est que « pour être bien dans sa peau et dans sa vie, il faut avoir une vie sexuelle passionnante et variée »[7]. Ce constat induit tout d’abord que le sexe passionne tout le monde, mais aussi qu’il y a bon nombre de manières de le pratiquer. Après s’être renseignés comme ils pouvaient, les jeunes se trouvent face à un dilemme : « Et si ça ne m’intéresse pas ? » « Et si je n’ai pas envie de faire ça ? ». Ils se trouvent donc hors de la norme qui dit que le sexe intéresse tout de monde, cette même norme à laquelle il est important de correspondre à l’adolescence faute d’une mise à l’écart. Toujours selon la recherche canadienne de F. Duquet[8], selon les jeunes eux-mêmes, la principale raison qui les pousse à avoir des relations sexuelles est l’influence extérieure, les amis, les médias. S’en suivent « pour le fun », trouvent ça « cool », pour ne pas perdre la personne avec qui ils sortent. Au milieu de tout cela on retrouve quand même « par amour » !
 
Malgré tout, certains jeunes résistent tant bien que mal à cette influence. Il peut donc y avoir une grande incompréhension entre ceux-ci et ceux qui se laissent porter par les modèles médiatiques. Les premiers ne comprennent pas les agissements des seconds, et les seconds ne comprennent pas d’où leur vient cette « mauvaise réputation ». Il faut également noter qu’en matière de réputation, celle des filles est bien plus facilement construite et ancrée dans le temps que celle des garçons[9], les filles auront plus de mal à se défaire d’une « mauvaise réputation » alors qu’elles sont les plus enclines à en « avoir une ».
 
L’hypersexualisation des jeunes engrange donc toute une série d’incompréhensions entre les jeunes eux-mêmes mais aussi des adultes envers les jeunes. Plus les personnes sont âgées, plus elles seront choquées de voir l’habillement et les agissements des jeunes d’aujourd’hui, dû à la différence de générations. Il convient donc de mettre quelque chose en place afin que jeunes et moins jeunes puissent comprendre et s’entendre. 

Quelle réaction face à l’hypersexualisation ?

Même si les médias sont, à l’heure actuelle, les plus grands distributeurs de références sexuelles, il serait utopique de penser à une réglementation de cette industrie. Les références sexuelles vues dans les médias vont des plus « soft » aux plus « trash », il est impensable d’envisager un règlement concernant les publicités qui aillent dans le sens « une femme ne peut être montrée en sous-vêtements/avec un décolleté/avec une mini-jupe que lorsque la publicité vise le produit même ». Rappelons-le, les publicités que nous voyons quotidiennement ont toutes été approuvées et si elles persistent, c’est qu’elles font vendre.
Il faudrait également réglementer les magazines, et l’utilisation de certains mots ou certains sujets dans la presse spécialisée pour adolescents. Or, ces mêmes adolescents ne semblent pas se plaindre du contenu, pour eux cela semble normal.
C’est plutôt du côté d’une discussion entre adultes et adolescents qu’il faudrait se tourner. (Re)nouer le dialogue avec les jeunes semble primordial pour aborder sereinement avec eux les questions d’amour et de sexualité. Les informations qu’ils reçoivent à ce sujet proviennent d’une multitude de supports, mais sont aussi les plus diverses. Selon la grande enquête de l’union nationale des mutualités socialistes, « un adolescent européen voit en moyenne 14000 références sexuelles en un an à la télévision, dont seulement 165 sont sur la contraception ou les risques de MST ». L’importance de leur donner de « vraies » informations sur la vie sexuelle et affective ne semble pas à démontrer. Francine Duquet[10] propose d’ailleurs le rétablissement des cours d’éducation sexuelle pour restituer ce dialogue. Ces cours, ou toute autre forme de dialogue que ce soit par les parents, les professeurs, des éducateurs ou autres permettraient de donner une vision plus juste de la sexualité, plus positive, mais également de déconstruire certains stéréotypes sexuels entendus ou déjà bien ancrés[11].
La position à adopter par les adultes d’aujourd’hui par rapport à cette hypersexualisation serait donc une position d’ouverture.

Conclusion

Les jeunes d’aujourd’hui sont hypersexualisés, ils adoptent des comportements sexuels plus ou moins prononcés de plus en plus tôt. L’évolution de la société a conduit à une libéralisation de la sexualité, celle-ci n’est plus un sujet tabou, on en parle même dans les médias de masse. Les jeunes, confrontés à ces médias divers, se forgent des représentations de la sexualité qui sont parfois erronées, et, propre de l’adolescence, reproduisent bien souvent les modèles qu’ils ont pu apercevoir à la télévision, sur internet, à des concerts etc. S’en suivent des comportements non-adaptés à leur âge dans leurs vêtements, leurs attitudes par rapport aux autres ou leurs pratiques sexuelles. Ces comportements inadaptés peuvent même leur faire acquérir une « mauvaise réputation » par leurs pairs moins influencés par la culture ambiante, voire un non-respect de son intégrité propre.
Face à cela, certains adultes semblent choqués, mais les allusions sexuelles font également partie de leur quotidien, ils y font seulement face à une période moins « critique » de leur développement, où ils sont moins sensibles à la mode, à être dans la norme, et peuvent plus facilement faire la part des choses. Il conviendrait donc, pour limiter les effets de cette hypersexualisation, de nouer un dialogue autour de la vie affective et de la sexualité. Ce dialogue permettrait de transmettre de vraies valeurs, de véritables informations sur ce qu’il en est du sexe et de l’amour, et de répondre ouvertement au millier de questions que les jeunes peuvent se poser. Une position d’ouverture des adultes par rapport a la sexualité de leurs jeunes semblerait donc la meilleure façon de la rendre la plus sereine possible. Mais pour réussir à marquer les jeunes par les paroles, comme le souligne Francine Duquet, « il faudrait toutefois trouver une façon de parler aux adolescents qui soit aussi séduisante qu’un clip du rappeur 50 cents ».
 
 
 
 Jessica Vieslet
 
 
 
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[1] DUQUET F., Perceptions et pratiques de jeunes du secondaire face à l’hypersexualisation et à la sexualisation précoce, rapport de recherche, UQAM, mai 2009, p26
[2] DISPA M-F., hypersexualisation trop, trop tôt, trop vite, pour Latitude Jeunes, avril 2009
[3] Contraction de « teens » (ados) et « between » (entre)
[4] F. Duquet, département de sexologie de l’UQAM, http://www.youtube.com/watch?v=T8yYxZFEVu0
[5] Union nationale des mutualités socialistes, Les jeunes et la sexualité, dossier de presse, 2006,
[6] DISPA M-F., hypersexualisation trop, trop tôt, trop vite, pour Latitude Jeunes, avril 2009
[7] idem
[8] DUQUET F., Perceptions et pratiques de jeunes du secondaire face à l’hypersexualisation et à la sexualisation précoce, rapport de recherche, UQAM, mai 2009, p100
[9] DUQUET F., Perceptions et pratiques de jeunes du secondaire face à l’hypersexualisation et à la sexualisation précoce, rapport de recherche, UQAM, mai 2009
[10] Département de sexologie de l’UQAM
[11] DISPA M-F., hypersexualisation trop, trop tôt, trop vite, pour Latitude Jeunes, avril 2009

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