10.26/ Formation aux premiers secours : quel rôle de l'école ?
Introduction
Nous le savons, la vie tient parfois à un fil. Et il suffit parfois d’un geste pour sauver quelqu’un. C’est un fait, lorsque nous sommes formés aux gestes de premiers secours, nous pouvons parfois sauver des vies. C’est donc un enjeu de santé publique important que de nous former et de former nos enfants aux gestes de premiers secours. Être formé à ces gestes, permet de créer une société plus solidaire où chaque citoyen devient un maillon de la chaîne de secours.
Être formé aux gestes de premiers secours représente également un enjeu de citoyenneté et d’engagement social. Cela participe aussi à une éducation du « vivre ensemble ». Former les élèves à ces gestes de premiers secours peut donc rejoindre un des objectifs de l’enseignement de former des CRACS (citoyen, responsable, actif, critique et solidaire)[1].
Les enfants ont droit à la santé, ils ont droit également à se sentir en sécurité en sachant que « l’autre » pourra intervenir en cas de danger. D’ailleurs rappelons qu’en droit belge, nous devons secours et assistance aux autres. Dès lors pour que nos enfants puissent se promener dans la rue, dans les transports publics et qu’ils se sentent compétents pour intervenir en cas d’accident, il faut les former… Or, la formation aux gestes de premiers secours dépend souvent d’initiatives privées et du bon vouloir des parents d’inscrire leurs enfants à des cours de secourisme.
Est-ce alors à l’école d’assumer ce rôle de formation aux premiers secours, de manière plus générale et systématique, dans le cadre des cours afin de tendre vers une accessibilité pour tous les élèves ? Voici la question principale de notre analyse.
En amont de cette analyse, nous avons reçu des mails de parents se questionnant sur les actions menées par l’école pour former leur enfant aux premiers secours. Des échanges entre parents investis dans les comités d’associations de parents et conseils de participation de notre régionale de Bruxelles[2] ont également motivé l’idée de traiter ce sujet. La régionale de Bruxelles a également organisé une réunion en présentiel[3] pour recueillir l’avis et les préoccupations des parents.
L’école est-elle le lieu privilégié pour inculquer ces comportements ? En l’intégrant à l’école, garantit-on ainsi l’égalité des chances ? N'est-ce pas une solution pour toucher tout le monde ? Mais est-ce vraiment à l’école à prendre encore cela en charge en plus ? Y a-t-il des leviers et des freins au fait que l’école assume cette formation ? Nous le verrons… Le débat est en tout cas ouvert !
Quelques chiffres
Un sondage de la Croix-Rouge de Belgique effectué en août 2025, mené auprès de 1.500 personnes représentatives de la population en Wallonie et à Bruxelles, révèle que 8 personnes sur 10 sont incapables de réagir face à une urgence vitale, 6 personnes sur 10 ne sont pas formées aux premiers secours et 53 % ne savent pas se servir d'un défibrillateur[4] .
Pour vérifier ces chiffres, la Croix-Rouge a mené une expérience en caméra cachée dans un restaurant de Jodoigne. Une quarantaine de convives ont été témoins d’une scène inattendue : un père de famille (comédien) simulant un étouffement. La panique était palpable et, surprise, seuls les professionnels des secours présents sur place ont réagi correctement. L’expérience, encadrée par des formateurs professionnels et une spécialiste de l’intervention psychosociale d’urgence, a permis une prise de conscience collective : sauver une vie, ça s’apprend ![5]
Face à ces chiffres qui interpellent, la Croix-Rouge a décidé de se mobiliser pour former au moins une personne par ménage[6].
Situation actuelle dans les écoles
À l’heure actuelle, il existe de nombreuses initiatives scolaires pour donner des cours de premiers secours aux élèves dès la maternelle, souvent avec la collaboration de la Croix-Rouge.
Myriam, coordinatrice jeunesse pour la Croix-Rouge dans la région de Bruxelles-capitale, explique qu’on commence déjà à former les enfants qui sont en deuxième et troisième maternelle avec un outil qui traite des dangers domestiques, « Ma sécurité à la maison », qui prend deux périodes de cours. Pour les 6-10 ans, il y a un outil, « Mission zéro bobo », qui va aborder les gestes de prévention et qui prend trois fois deux périodes. Et pour les 10-12 ans, la Croix-Rouge propose de passer un brevet, « le benjamin secouriste », qui couvre 10 périodes d’animation. Ce brevet se base sur la participation de l’enfant, il n’y a pas d’examen. On y aborde les réactions à avoir quand un accident a eu lieu avec différentes mises en situation. Toutes ces activités se font donc en classe.[7].
Dans l’enseignement fondamental, certaines écoles font entrer cette formation aux gestes de premiers secours dans le cadre de leurs cours, mais cela ne fait pas systématiquement. C’est un choix d’établissement que de proposer cette formation aux enfants.
Pour les enfants de secondaire, les formations sont les mêmes que pour le grand public, la Croix-Rouge propose aux élèves de passer un autre brevet : le BEPS (brevet européen premiers secours) qui est accessible à partir de 12 ans. Cette formation ne se donne pas non plus de manière systématique. C’est souvent l’école qui propose cela dans le cadre de certains cours ou des P90[8], soit encore lors des jours blancs ou des congés scolaires.
Maria, membre d’une association de parents très active dans la régionale de Bruxelles et également bénévole pour former les élèves du secondaire au brevet européen des premiers secours (BEPS) explique qu’il y a un véritable engouement chez les jeunes pour cette formation : Depuis que je suis dans l’AP, j’organise des formations BEPS pour les élèves de rhéto (pendant les jours blancs ou les congés). Les jeunes s’inscrivent volontairement alors que cette formation est proposée souvent pendant les congés. C’est extraordinaire ! Je passe dans les classes pour proposer la formation. Je leur dis : les gars ce n’est pas pour faire plaisir à vos parents que vous allez vous inscrire à notre formation, c’est parce que vous le voulez vraiment. Et beaucoup s’inscrivent et ils sont là à 9h moins quart alors que c’est congé ! Ils sont motivés ! J’ai tellement de demandes que j’ai des listes d’attente[9].
L’organisation se fait donc sur une base volontaire. En secondaire, la formation coûte 80 € par enfant. Maria explique que son AP, pour aider l’école, recueille les inscriptions et récolte l’argent auprès des parents.
Les animations, qu’elles soient données dans l’enseignement fondamental ou en secondaire, sont donc payantes. Selon le type d’animation et en fonction des années d’étude, le coût est différent[10]. Ce sont aux écoles à faire la demande à la Croix-Rouge afin de recevoir cette formation. Comme elle est payante, c’est à l’école ou aux parents à devoir débourser. Si les parents déboursent, les mutuelles prennent parfois en charge certains des frais du BEPS (soit un montant forfait soit un pourcentage du prix), mais cela ne couvre pas tout. Même si la formation est attrayante, tous les parents ne peuvent pas la payer. Afin que cela revienne moins cher à l’école ou aux familles, la Croix-Rouge forme également les enseignants ou les éducateurs afin qu’ils puissent devenir des professeurs-relais et former eux-mêmes les élèves. Cette formation des professeurs-relais est quasi gratuite. En effet, ceux-ci ne vont payer que le matériel et le droit d’utilisation. La Croix-Rouge encourage cette pratique, car elle affirme que cela permettrait de toucher plus d’élèves.
Accessibilité à tous ?
Nous le constatons, des cours de premiers secours sont donnés au sein de certains établissements scolaires, mais ne touchent pas tous les élèves de manière générale et systématique.
Marie-Pierre, responsable d’une association de parents d’une école fondamentale de Bruxelles pense qu’il serait bon de proposer ces cours à tous les élèves et qu’ils soient accessibles gratuitement à tous. Comme cela ne l’est pas, son association de parents a effectué de multiples actions pour financer ce projet qui a d’ailleurs été élaboré et discuté en conseil de participation : Notre association de parents a récolté de l’argent (2.000 €) afin que les élèves de M3-P1-P4-P6 puissent suivre ces cours donnés par des volontaires de la Croix-Rouge. Cette formation a un coût non négligeable et, si nous voulons la rendre accessible au plus grand nombre, nous devons agir. C’est pour cette raison que nous aimerions discuter encore en conseil de participation de ce projet pour le rendre pérenne et demander au pouvoir organisateur de nous aider en participant également financièrement.
Pour beaucoup de parents, ce sont des choses élémentaires que d’apprendre à bien réagir en cas d’accident. Cela fait partie des choses essentielles à apprendre aux enfants. C’est donc très important de rendre cette formation accessible à tous. Cela rejoint un enjeu de santé mais également de citoyenneté. Les enfants ont appris qu’il était important de porter secours, mais aussi ils ont compris qu’il est crucial de donner son sang lorsqu’ils seront adultes. Ils ont aussi mémorisé certains numéros comme le numéro d’urgence 112[11] ou le centre anti-poisons 070/245.245[12], ajoute encore Marie-Pierre.
Pour que la formation aux premiers secours profite à tous les élèves, il faut soit que les associations de parents fassent encore plus d’activités pour récolter de l’argent (mais est-ce vraiment à elles à faire cela ?), soit que la Croix-Rouge forme encore plus de professeurs-relais pour que ceux-ci puissent former eux-mêmes les élèves, soit encore que cela rentre vraiment dans les cours et les programmes scolaires…
Que disent les référentiels du Tronc commun à ce sujet ?
Nous avons vu que l’accessibilité de cette formation de premiers secours à tous n’existe pas sur le terrain, car toutes les écoles ne l’intègrent pas dans le cadre de leur projet pédagogique. Et pourtant en examinant les référentiels du tronc commun, nous observons que dans celui d’éducation physique et à la santé (EPS), de P1 à S3[13], il y a une place pour ces cours de premiers secours. En effet, on demande aux enseignants de former les élèves à « être activement responsable de leur sécurité et de celle des autres en salle, en milieux naturel, urbain, et aquatique » (voir tableau ci-dessous[14]).
Cependant, si les professeurs veulent intégrer réellement cette formation de premiers secours dans leurs cours à l’avenir et que cela ne soit pas que quelques notions éparses, il faut qu’ils se sentent vraiment compétents pour mettre cela en pratique. Dès lors, il faudra sans doute mieux les former et les outiller. Aujourd’hui, en tout cas, ils ne semblent pas en avoir les compétences ou le temps. C’est pourquoi la Croix-Rouge est souvent appelée pour former les élèves.
Il est intéressant de savoir que du côté des pays scandinaves, les cours de premiers secours rentrent de manière plus systématique dans la grille horaire. En Norvège, plus de 80 % de la population a reçu une formation aux gestes de premiers secours. L'immensité du territoire, la nature hostile et l'isolement des populations ont, depuis les années ‘60, poussé le gouvernement à initier ses citoyens. Ainsi, 92 % des personnes interrogées par la Croix-Rouge norvégienne affirment pouvoir pratiquer un massage cardiaque ou arrêter une hémorragie! … Sauver une vie s'apprend dès l'entrée en classe. Chaque enseignant a reçu une formation, qu'il dispense ensuite à ses élèves encadrés par une équipe de secouristes. Aucun écolier ne termine ses études sans maîtriser les bases de la réanimation cardio-pulmonaire (CPR) et l'utilisation d'un défibrillateur. Inscrit dans les programmes scolaires, cet enseignement est obligatoire et progressif[15].
Avis divergents…
Nous avons vu que le coût de ces formations constitue un frein et que dès lors tous les élèves ne sont pas formés aux premiers secours. Pour permettre une plus grande accessibilité à tous, serait-ce à l’école d’assumer ce rôle de formation dans le cadre des cours de manière plus générale et systématique ? À ce sujet, les avis des parents divergent[16].
Les arguments en faveur d’une formation aux premiers secours dans le cadre des cours, sont ceux-ci :
- Il est important via ces cours de premiers secours de responsabiliser les jeunes, de les rendre citoyens et solidaires. Cela rejoint une des missions de l’école de faire de nos élèves des CRACS.
- Via l’école, il est possible de rendre une plus grande accessibilité à ces cours puisque l’école est un lieu où tout le monde passe. Cela participe à l’égalité des chances.
- L’école est le lieu adéquat puisque c’est dans l’ADN des enseignants d’expliquer les choses. Certains d’entre eux comme les professeurs d’éducation physique donnent parfois déjà une formation de quelques heures de premières notions. C’est déjà une porte d’entrée pour aller plus loin.
- Le fait que la formation soit donnée par les professeurs de l’école permet une réduction du coût.
- Former des professeurs-relais est une solution pour faire un effet boule de neige et ainsi former la totalité des élèves et pas seulement certains (les plus intéressés, les plus aisés financièrement).
Les arguments en défaveur de cette formation aux premiers secours dans le cadre des cours, sont ceux-ci :
- La charge des enseignants est déjà trop importante pour faire rentrer ces cours dans le programme scolaire.
- Il y a un risque de sur-responsabilisation de l’école au détriment d’autres acteurs (familles, pouvoirs publics, communes…). C’est aux familles, entre autres, à se charger de cela.
- Les enseignants ne sont pas suffisamment compétents et formés pour faire cela (risque de manque de professionnalisme et manque de temps pour se former).
- L’élève a davantage confiance en un organisme extérieur tel que la Croix-Rouge (blouse blanche- sigle de la Croix-Rouge).
- Il faut pouvoir garder l’autonomie des écoles et que chacune d’elles organise cela si elle le trouve nécessaire.
En clair, il ressort de nos échanges que les parents sont très favorables à ce que ces cours profitent à tous les élèves et pas seulement à certains. Ils sont également favorables à ce que cette formation rentre dans le cadre des cours. C’est plutôt sur la manière de l’organiser que les avis sont mitigés. En effet, certains parents craignent que les professeurs se sentent surchargés s’ils doivent faire rentrer cela dans la grille horaire. Ce ne sont donc pas, selon eux, nécessairement les professeurs qui doivent donner cette formation. D’autres parents pensent que c’est aux professeurs à prendre cela en charge, mais ils s’interrogent tout de même sur la formation de ces derniers.
Certaines asbl se prononcent aussi sur ce sujet. C’est le cas de l’asbl Cere[17] (centre d’expertise et de ressources pour l’enfance) qui plaide pour un enseignement obligatoire des premiers secours dans le cursus scolaire et notamment pour aborder tout ce qui concerne la citoyenneté : l’école semble avoir un rôle privilégié à jouer pour rendre plus performant ce premier maillon de la chaîne des secours (…) ? [18], affirme Annick Faniel, sociologue, responsable du secteur éducation permanente.
La Croix-Rouge a également sa vision des choses. Maria, formatrice à la Croix -Rouge et membre d’une AP de Bruxelles est convaincue que cette formation devrait rentrer davantage dans les cours : Cette formation pourrait rentrer dans les cours d’éducation physique, certains enseignants donnent déjà quelques notions de réanimation cardio-pulmonaire à leurs élèves. Pourquoi on ne va pas plus loin ? Cela aurait tout son sens. En troisième, quatrième ou cinquième secondaire, ce serait l’idéal. On pourrait aussi davantage former des professeurs-relais durant leur formation pour qu’ils forment ensuite les élèves[19].
Il est intéressant de voir également la position des directions d’école sur ce sujet. Alain Koeune, directeur du collège Notre-Dame à Dinant et président de la Féadi (Fédération des associations de directeurs de l’enseignement secondaire catholique), a aussi son opinion : Est-ce que c’est le rôle de l’école d’intégrer ces cours dans le cadre de l’école ? J’aurais tendance à dire oui et non. Oui, parce que l’école doit ouvrir à tous ce genre de compétences. Il faut voir cependant si on a le temps et si cela peut rentrer dans le programme. Je pense en tout cas que cela a beaucoup de sens et qu’il faut être innovant pour savoir quand donner ces cours. Actuellement, dans mon école, ces cours sont donnés dans le cadre des P90[20]. Le plus grand frein, c’est que ces cours restent pour l’instant payants ! Il faudrait veiller à ce que cela soit gratuit pour ne pas faire de la sélection. Je pense que former les professeurs d’éducation physique pour qu’ils forment eux-mêmes les élèves a tout son sens[21].
Pistes et solutions
Même si les avis divergent, la tendance à vouloir intégrer cette formation aux premiers secours dans les cours d’éducation physique revient souvent dans nos échanges avec les parents et avec les autres acteurs de terrain que nous avons interrogés. Une idée récurrente émerge : celle de former davantage de professeurs-relais afin de réduire les coûts et de permettre ainsi plus facilement l’accessibilité des cours de premiers secours à tous. Mais comment tendre vers cette solution ?
À ce stade, on peut se demander s’il ne faudrait pas former davantage les enseignants en amont pour les outiller. Ne serait-il pas intéressant de former les futurs professeurs d’éducation physique dans les hautes écoles afin qu’ils puissent devenir ces fameux professeurs-relais et qu’ils puissent d’office former tous les élèves ce qui rendrait cette formation accessible à tous ? On pourrait même imaginer que la Croix-Rouge vienne au sein des hautes écoles former les futurs professeurs d’éducation physique… Nous avons évoqué cette piste avec Ludovic Nassel, quality manager enseignement à la faculté des sciences de la motricité de l’UCLouvain, qui nous a répondu : Mes collègues et moi-même trouvons qu’il est intéressant de former les élèves du secondaire aux cours de premiers secours, mais nous nous questionnons sur le fait que cela doive avoir lieu d’office dans le cours d’éducation physique. Les enseignants d’éducation physique ont-ils le temps de faire cela ? Faut-il prévoir des heures et des attributions en plus ? Un autre frein est le financement de la reconnaissance officielle et les recyclages... Toutes ces formations pour obtenir le BEPS (Brevet Européen des Premiers Secours) ou le BSSA (Brevet Supérieur Sauvetage Aquatique) demandent des recyclages réguliers[22].
Pourtant pour Alain Koeune, former des professeurs-relais (professeurs d’éducation physique) que cela soit par les hautes écoles ou la Croix-Rouge aurait tout son sens : Si les professeurs relais sont formés gratuitement, c’est tout à fait raisonnable de faire entrer ces cours à l’école à partir de la première secondaire. C’est pour moi, une bonne porte d’entrée que de former les professeurs d’éducation physique[23].
Dans le passé, en 2018, un projet-pilote[24] intitulé « L’école sauve des vies » a déjà eu lieu afin de former davantage de professeurs-relais et permettre une plus grande accessibilité à ces cours aux élèves du secondaire. En effet, la ligue francophone belge de sauvetage[25] s’était associée avec les amis du Samu[26] pour intégrer les gestes de premiers secours dans l’enseignement secondaire obligatoire. L’objectif de ce projet-pilote, appuyé par la Fédération Wallonie-Bruxelles et la ministre de l’éducation de l’époque, Marie-Martine Schyns, était de rendre les écoles autonomes dans l’apprentissage des gestes de premiers secours en formant les professeurs d’éducation physique pour que ceux-ci forment à leur tour les élèves d’année en année et en leur mettant du matériel à disposition. Après avoir touché quelques 280 écoles, le projet-pilote a été abandonné en 2023 par manque de moyens financiers. Denis Ulweling, directeur de la ligue francophone belge de sauvetage le regrette et souhaiterait le réactiver[27] : Pour nous l’enseignement obligatoire est le meilleur endroit pour que tout le monde ait cet apprentissage ![28]
L’abandon de ce projet-pilote est-il lié à un manque de moyens ou de volonté politique ? La citoyenneté et la santé sont-ils des enjeux suffisamment prioritaires dans notre société ? Est-ce le bon calcul de supprimer de tels projets ?
Conclusion
Nous venons de voir que les initiatives pour former les élèves aux premiers secours dans nos écoles sont nombreuses et que les parents investis dans les conseils de participation et les associations de parents s’y intéressent. Malheureusement, nous avons également pu constater que ces formations ne profitent pas à tous les élèves. Les cours de premiers secours ont effectivement un coût considérable et sont souvent donnés à certains élèves qui en font la demande (les plus intéressés, les plus aisés financièrement). Or, faire profiter tous les élèves de cette formation semble être une nécessité dans notre société qui a besoin de CRACS. De plus, nous avons constaté que les élèves sont demandeurs et motivés pour recevoir cette formation.
En nous posant la question de savoir si l’école est le lieu privilégié pour former les élèves aux cours de premiers secours, nous avons pu observer qu’il existait des freins (temps, compétences des enseignants, charge supplémentaire, recyclage, etc.), mais également des leviers (possibilité d’une formation quasi gratuite pour les professeurs-relais afin qu’ils transmettent leur savoir-faire aux élèves, coûts possiblement diminués si les cours de premiers secours sont donnés par les professeurs et non par des organismes extérieurs). Après avoir entendu les parents et échanger avec différents acteurs de terrain, nous avons également émis des pistes et des solutions qui pourraient permettre aux écoles de se projeter dans les attendus du nouveau référentiel d’éducation physique et à la santé (EPS) :
- Former et outiller davantage les enseignants d’éducation physique
- Faire appel davantage à la Croix-Rouge pour la formation des professeurs-relais
- Envisager les hautes écoles comme amont dans celle-ci avec la participation éventuelle de la Croix-Rouge
Dans la foulée, des projets-pilotes comme « L’école sauve des vies » sont, pour l’UFAPEC, certainement à réexaminer, car ils participent à l’évolution de notre enseignement et permettent la faisabilité des nouveaux apprentissages demandés.
Enfin, tout au long de la rédaction de cette analyse, nous nous sommes également interrogés sur les priorités de notre société. Pour l’UFAPEC, l’humain est au cœur de nos préoccupations et l’éducation est une priorité. C’est pourquoi nous pensons que la citoyenneté et la santé devraient davantage être reconsidérées dans les choix et décisions politiques.
Une réflexion concertée entre les ministres de la santé, à travers un accord de coopération, pourrait ouvrir des perspectives pour un financement de cette formation aux premiers secours. Nous espérons donc voir prochainement des avancées face à ces enjeux importants.
[1] PIERARD A., Former des CRACS, un enjeu d’actualité ? , analyse UFAPEC n°22.19, décembre 2019 - https://www.ufapec.be/nos-analyses/2219-cracs.html
[2] Ces échanges ont aussi lieu dans un groupe WhatsApp réunissant des parents investis dans les associations de parents et conseils de participation.
[3] Réunion effectuée le 26 mai 2026, réunissant plusieurs parents investis dans les associations de parents et conseils de participation, au collège Saint-Michel de Bruxelles.
[4] Croix-Rouge de Belgique, Caméra cachée : quelqu’un s’effondre devant vous, sauriez-vous réagir ?, 13 septembre 2025 - https://croix-rouge.be/fr/articles/camera-cachee-quelqu-un-s-effondre-devant-vous-sauriez-vous-reagir
[5] Idem.
[6] La Libre – Huit Belges sur dix incapables de réagir face à une urgence vitale – 13 septembre 2025 - https://www.lalibre.be/planete/sante/2025/09/13/huit-belges-sur-dix-incapables-de-reagir-face-a-une-urgence-vitale-BGSIBOAKSNGS5CJUHM35NWO7HE/
[7] Interview effectuée par France Baie, le 21 mai 2026.
[8] P90 - Depuis l’année scolaire 2013/2014, les écoles peuvent organiser des périodes (P) de cours de 45 minutes (au lieu de 50) idéalement jointes pour former une session de 90 minutes (P90). L’idée est de gagner de petites tranches de 5 minutes qui sont récupérées et regroupées afin d’organiser en priorité des activités de remédiation, mais également des activités originales et citoyennes. C'est donc un système qui permet de récupérer du temps, sans perdre d'heures de cours, pour faire autre chose (parfois des ateliers) avec les élèves afin de favoriser leur réussite et leur ouverture vers le monde.
[9] Interview effectuée par France Baie, le 14 avril 2026.
[10] Exemple : « Ma sécurité à la maison » coûte 2,50 € par enfant + un forfait de 20 € pour l’ensemble de la classe. « Mission zéro bobo » coûte 6 € par enfant + un forfait de 30 € pour la classe. Pour le brevet « Benjamin secouriste », c’est 10 € par enfant et un forfait de 50 € pour l’ensemble de la classe - https://www.crj.be/a-lecole/animation-scolaire/ - Pour le secondaire, c’est plus cher, car les élèves obtiennent leur BEPS. Le BEPS est certificatif. Le cours coute 80 € par élève.
[11] Le numéro d’urgence européen 112 est destiné à toute personne en détresse. Dans tous les États membres de l’UE, vous pouvez appeler ce numéro gratuitement et 24h/24, 7j/7 pour obtenir au plus vite l’aide d’une équipe médicale, des pompiers ou de la police - https://www.health.belgium.be/fr/themes/sante/aide-medicale-urgente/acteurs-laide-medicale-urgente/centrale-durgence-112
[13] FWB, Pacte pour un enseignement d’excellence – Référentiel d’éducation physique et à la santé (EPS) – pp. 30, 39, 48, 57, 66, 76, 86, 96 et 104 - https://www.enseignement.be/fileadmin/portail_age/uploads/parcours_apprentissage/maternel_primaire_ordinaire/Organisation/Contenus_apprentissages_Maternel_Primaire/Referentiels/2022_REF_Edu-physique-EPS.pdf
[14] Idem p. 30.
[15] DJOUDER S., En Norvège, la population est formée aux premiers secours : exemple à suivre ?, magazine Femme Actuelle, 23 août 2016 - https://www.femmeactuelle.fr/actu/dossiers-d-actualite/norvege-formation-premiers-secours-32137
[16] Débat lors d’une régionale de Bruxelles effectuée le 26 mai 2026 réunissant plusieurs responsables d’associations de parents au Collège Saint-Michel de Bruxelles et échanges par téléphone avec des parents de la régionale de Bruxelles.
[17]Le CERE-asbl est reconnu comme association d'éducation permanente par la FWB et agréé et subventionné par l'ONE comme organisme de formation. - https://accrochagescolaire.brussels/acteurs/centre-dexpertise-et-de-ressources-pour-lenfance-cere
[18] FANIEL A. (asbl cere), A la découverte du secourisme scolaire en Fédération Wallonie-Bruxelles, p. 7, 2016 - https://www.cere-asbl.be/wp-content/uploads/2021/11/15_premiers-secours-ecole_ok_publication.pdf
[19] Interview effectuée par France Baie, le 14 avril 2026.
[20] Une des activités du jeudi après-midi qui est proposé à ceux qui le veulent est de passer son brevet Croix-Rouge.
[21] Interview effectuée par France Baie, le 1er juin 2026.
[22] Interview effectuée le 19 mai 2026 par France Baie.
[23] Interview effectuée par France Baie, le 1er juin 2026.
[28] Interview effectuée par France Baie, le 28 mai 2026.
