Analyse UFAPEC mars 2021 par F. Baie

04.21/ Classes flexibles dans l’enseignement fondamental : un plus pour tous les enfants ?

Introduction

En tant qu’adultes, nous avons connu les classes traditionnelles où l’enseignant faisait face aux élèves et où les bancs étaient alignés en rang d’oignons. Aujourd’hui, certaines classes dites flexibles[1] ont une toute autre configuration. Il s’agit de classes proposant différents environnements de travail. Oubliées les tables alignées devant le pupitre de l’enseignant. Bonjour aux espaces dédiés aux différentes formes de travail ! Qu’il s’agisse d’un travail de réflexion, de coopération, d’observation, ou encore de recherche, il est l’heure de travailler en mode “projet” avec ses classes et d’utiliser réellement la pédagogie différenciée : s’ils ne font pas tous la même chose en même temps, eh bien, rien n’est grave, c’est normal !!! [2]

Nous le constatons, de plus en plus souvent, les enseignants proposent à leurs élèves des apprentissages davantage vivants et passionnants. Pour ce faire, ils leur suggèrent également de bouger en classe, de circuler et d’apprendre en se posant à plusieurs endroits de la classe et en utilisant différents supports. L’enseignant n’est plus aussi figé, il circule lui aussi en classe.

La classe flexible semble être un lieu d’apprentissage qui répond mieux aux besoins des enfants ; elle leur permet d’être moins statiques, d’expérimenter les choses, d’échanger avec les autres, de se sociabiliser. Les enfants pour être mieux concentrés et apprendre ne sont plus penchés sur leurs bancs, tels des poulets becquetant des savoirs. Ils prennent leurs assises à différents endroits de la classe sur des tabourets, des chaises, des poufs, des ballons, des fauteuils, des bancs, parfois devant un ordinateur ou une tablette, parfois devant une grande table, dans un endroit plus « cosy » où on peut plus facilement réfléchir seul ou dans un endroit qui se prête à l’échange, à la communication, à la collaboration et à la coopération entre enfants. On y trouve aussi, dans un autre endroit de la classe, des tables en îlot pour favoriser le travail d’équipe, puis encore plus loin un espace sur chaise haute avec ordinateurs pour favoriser le travail de recherche par exemple. N’oublions pas d’intégrer des tables et chaises en forme de U pour permettre une restitution des idées et des travaux réalisés par les différents groupes, et auprès duquel l’enseignant formateur deviendra l’animateur qui permettra de synthétiser toutes les réflexions[3].

L’idée de la classe flexible est d’offrir un environnement de travail dans lequel l’enfant va chercher lui-même ce dont il a besoin pour mieux travailler et se concentrer. Mais la classe flexible présente-t-elle un plus pour tous les élèves y compris les élèves qui ont des difficultés scolaires, les élèves à besoins spécifiques, mais aussi ceux de différents milieux socio-économiques ?

Le fait de bouger, de circuler, de changer d’endroits durant le temps de classe est-il profitable aux élèves déjà fragilisés scolairement ? N’auraient-ils pas plutôt besoin de repères fixes, de stabilités, de routines, de structures ? Les enseignants sont-ils prêts à se lancer dans une telle aventure ? La mise en pratique d’une telle classe flexible ne demande-t-elle pas une formation initiale et continuée renforcée ?

La classe flexible permet-elle la réussite scolaire en rendant l’élève davantage acteur de ses apprentissages ? Vise-t-elle un meilleur « vivre ensemble » ? Permet-elle de réduire les inégalités scolaires et l’inclusion de tous ? Chaque enfant a le droit de pouvoir apprendre de manière sereine. Les classes flexibles donnent-elles cette opportunité à tous ?

Ces questions semblent représenter des enjeux importants.

Cette analyse portera sur les classes flexibles présentes dans l’enseignement fondamental.

Mieux qu’un simple aménagement…

Il ne suffit pas d’aménager sa classe pour en faire une classe flexible. En effet, cet aménagement doit impérativement s’accompagner de valeurs et d’une réflexion d’ordre pédagogique. Un des préalables indispensables est d’en comprendre le sens et d’expliquer les objectifs de ces aménagements aux élèves, comme nous l’expose Sandrine Couteaux[4], enseignante à l’école Saint-Jean-Baptiste à Nethen et expérimentant les classes flexibles depuis quelques années. Ce n’est pas parce que j'organise un beau local que j'ai une classe flexible. Les activités pédagogiques qu’on y mènera doivent, elles aussi, être bien réfléchies.

Pour créer une classe flexible, l’aménagement a de l’importance et il est d’ailleurs parfois à tort très surchargé de décorations, d'affichage, etc. C'est tout l'inverse dont les enfants ont besoin. Cela doit être une classe accueillante et belle, mais pas trop surchargée parce que la pollution visuelle va faire l'effet contraire. Cela va empêcher les enfants de se concentrer et d’être impliqués dans leur travail. Ce sont les valeurs de bienveillance, de coopération, de respect des autres qui y sont importantes. Dans les classes flexibles, les élèves vont apprendre à se connaître, on travaille avec les élèves sur leurs talents, mais aussi sur leurs difficultés. On va utiliser les compétences de chacun.

Dans une précédente analyse au sujet des classes flexibles[5], un instituteur primaire de l’école Sainte-Marie de Bousval, Marc de Spiegelaere, affirmait lui aussi qu’il ne suffisait pas d’aménager sa classe pour parvenir à avoir une classe flexible. Il faut également changer sa pédagogie : l'idée de faire travailler tout le monde au même moment sur la même chose, ce n'est plus possible. Les élèves ont changé, ils sont tout le temps en mouvement et l’instituteur doit également se mettre en mouvement : si tu n'es pas en mouvement avec eux, ça ne sert à rien. Cette analyse insistait sur le fait que les enseignants, avec ce nouveau concept de classes flexibles, devenaient des accompagnateurs, des facilitateurs dans la recherche et la découverte des connaissances plutôt que des détenteurs-transmetteurs du savoir.

Classe flexible, qu’en pensent les neurosciences ?

D’emblée, nous pouvons nous rendre compte que les classes flexibles mettent en lumière de nombreux enjeux sociétaux. Outre le fait que celles-ci permettent de lutter contre la sédentarité et dès lors contribuent à une meilleure santé des élèves, les classes flexibles favorisent aussi la collaboration et la solidarité entre élèves pour apprendre le « vivre-ensemble » et former des CRACS[6] pour la société de demain. Un autre enjeu de taille est de faciliter les apprentissages. Chose intéressante dans un contexte où notre enseignement a encore aujourd’hui un fil à la patte l’empêchant de bien fonctionner : les retards scolaires en Belgique sont, en effet, toujours d’actualité. En 2018-2019, 13 % des élèves de l’enseignement primaire ordinaire sont en retard scolaire[7]. Les neurosciences pointent l’importance de l’environnement de travail pour apprendre. Les émotions positives liées à cet environnement jouent, en effet, un rôle qui semble évident dans le processus d’apprentissage. Si l’apprenant se sent bien où il se trouve, il sera parfaitement enclin à faire les efforts nécessaires pour réussir ce qu’on lui demande. Si au contraire il ne se sent pas bien, n’est pas à l’aise, n’apprécie pas son environnement, sa motivation s’en trouvera piquée et à son plus bas niveau. Donc, en permettant aux apprenants et aux enseignants formateurs de se retrouver dans un endroit accueillant, avec des environnements flexibles et adaptés aussi bien aux travaux demandés et à l’humeur de chacun, il est cohérent que le niveau de bien-être s’en trouve boosté et que l’intégration de la classe flexible au sein d’un établissement scolaire soit plutôt une bonne stratégie ![8]

La classe flexible favorise-t-elle l’inclusion des élèves plus faibles scolairement ?

Sandrine Couteaux relève un autre enjeu de taille. En effet, l’avantage de la classe flexible est qu’elle permet à chaque élève de trouver sa place au sein du groupe. Pour cette enseignante, la classe flexible va favoriser l'inclusion des élèves plus faibles scolairement. Le groupe classe va utiliser les compétences de chacun. Tous les enfants sont des experts et ont une expertise qui va évoluer avec le temps. Dans ce type de classe, Sandrine Couteaux explique qu’il y a une place pour tous les types d’enfants et toutes les difficultés. Je désire que chaque enfant se sente à l’aise et confiant dans le sentiment d’avoir des compétences à partager. Dans ma classe, par exemple, j’ai des enfants qui ont des difficultés en lecture, mais on réfléchit à ce que l’on peut mettre en place pour que ces enfants puissent faire face à leurs difficultés. Un enfant dyslexique a des difficultés, mais il a aussi d’autres talents que les autres enfants n’ont pas, il est aussi très créatif et sait très bien utiliser un ordinateur pour compenser ses difficultés. Il n’y a pas de tabous entre nous. On sait qu’untel a des difficultés en mathématique, l’autre en français… Et on parle de tout cela. Il y a une grande place pour le dialogue pédagogique et la métacognition (comment j’apprends, quelles sont mes difficultés ?). Communiquer est une bonne base pour faire de nos enfants les citoyens de demain ! , affirme Sandrine Couteaux[9]. Elle utilise également beaucoup les compétences transversales pour ne pas faire de ses élèves de simples vases que l’on remplit avec des savoirs et des matières. Je vois vraiment les effets bénéfiques qu’ont ces classes flexibles sur mes élèves. Les enfants, y compris ceux qui ont des difficultés d’apprentissage, se sentent plus confiants et plus compétents.

Classe flexible et pédagogie différenciée

Frédéric Coché[10], secrétaire général adjoint à la FédEFoc[11], semble également enthousiaste au sujet de ces classes flexibles car, selon lui, elles permettent d’effectuer de la pédagogie différenciée[12]. Elles provoquent aussi chez les enfants plus de motivation et de bien-être qui sont bénéfiques aux apprentissages : Il me semble de manière générale que les principes d’organisation pédagogique des classes flexibles sont très favorables à la différenciation pédagogique (éviter que tous les élèves fassent la même chose en même temps à la même vitesse), ce qui est assurément une très bonne chose pour tous les élèves car cela permet à chacun de se voir proposer des activités qui se situent dans sa « zone de développement proximale », et à l’enseignant de passer du temps avec des petits groupes d’élèves qui en ont besoin pour les questionner, leur donner du feedback et leur fournir un étayage qui les fasse progresser par rapport à leurs besoins. Un autre élément positif est le développement de l’autonomie et la responsabilisation des élèves face à leurs apprentissages.

Frédéric Coché explique que de nombreuses recherches en psychologie sociale sur la motivation ont montré que plus un apprentissage se fait « sous la contrainte » (parce que l’on doit le faire) ou « pour obtenir une récompense » (des points, etc.), plus se développe une « motivation extrinsèque » à travailler, alors que c’est davantage une motivation intrinsèque (plaisir d’apprendre et de progresser, fierté de réussir…) qui s’avère durable et génératrice d’engagement dans les apprentissages. Ces classes flexibles sont aussi propices à un climat de travail positif, avec moins de stress et un bien-être accru des élèves, ce qui est un facteur positif pour les apprentissages scolaires.

Classe flexible : une occasion de répondre aux besoins spécifiques des élèves

Pour Ludivine Halloy[13], conseillère enseignement spécialisé à la FédEFoC et auteure d’ouvrages sur les troubles de l’apprentissage, la classe flexible est une belle occasion de répondre aux besoins spécifiques des élèves ayant des difficultés d’apprentissage liées soit à un trouble, soit à un dysfonctionnement cognitif, soit à un déficit neuronal, soit à une lacune affective ou soit encore à un retard scolaire. 

Ludivine Halloy dresse une liste non exhaustive des avantages de la classe flexible pour ce type d’élèves. Elle met en avant la diminution du stress pour l’élève en difficulté scolaire car, selon elle, une classe flexible comprenant des espaces différents apaise et rassure l’élève. L’école est souvent le premier miroir qui renvoie l’élève à ses difficultés. J’écris mal, je colorie moins bien que les autres, je ne sais pas découper… Le cadre formel amplifie l’injonction de la performance concernant l’acquisition des savoirs et compétences. Une classe flexible comprenant des espaces différents envoie le message implicite que les individualités sont prises en compte et permet un apaisement instantané.

Ludivine Halloy insiste sur la sérénité qu’engendre la classe flexible dans les relations, que cela soit entre élèves ou avec l’enseignant. Dans une classe traditionnelle, l’enfant en difficulté aura tendance à se comparer aux autres et, du coup, à se trouver médiocre. La classe flexible va offrir à l’enfant une autre configuration, mais surtout une autre philosophie qui n’est pas de l’ordre de la performance ni de la comparaison aux autres. La solidarité sera, elle, mise en avant.

En classe flexible, l’enfant n’est plus positionné en face du professeur. Il n’y a plus de véritable confrontation, mais une proximité positive avec l’enseignant dans le rapport au savoir. Enfants et enseignant circulent en classe sur pied d’égalité. La position de l’enfant n’est plus une position soumise, asymétrique et cela change bien des choses dans les relations enseignant-élèves. Qui plus est, dans une classe « classique », si l’enfant n’a déjà pas au départ une grande confiance en lui, il pourra se sentir vite mis sous pression si l’enseignant est sur l’estrade.

Souvenons-nous du décret Missions de 1997[14] et des objectifs espérés par notre enseignement.  Un de ceux-ci pointait l’importance de faire des élèves des êtres autonomes. Le code de l’enseignement[15] nous rappelle cet objectif aujourd’hui. Les classes flexibles, de plus en plus répandues, semblent y contribuer aujourd’hui. Responsabilisation et métacognition, apprentissage du travail collaboratif, voilà encore des bénéfices importants. L’autonomie de l’enfant requise dans les classes flexibles va d’office engendrer, il est vrai, une plus grande implication et plus grande motivation.

Classe flexible et élèves issus de milieux défavorisés

Ces classes flexibles ne sont-elles pas destinées à un public de nantis ? Il est intéressant de se poser la question de savoir si la classe flexible correspond également à des enfants moins favorisés socio-économiquement parlant, ne maîtrisant pas toujours bien la langue française et ayant des difficultés à comprendre la culture et les codes scolaires. Puisque c’est le sujet qui nous préoccupe, ces enfants ont également, pour certains, plus de difficultés scolaires que les autres. Un travail de fin d’étude d’une étudiante française[16], basé sur une classe de CE2[17] d’une école bénéficiant du statut « école à aider » montre combien la classe flexible peut permettre un meilleur « vivre ensemble ». En effet, il y a, semble-t-il, grâce à la classe flexible, beaucoup moins de violences, de conflits entre élèves, d’insultes en classe. Les élèves, grâce à des règles discutées ensemble et à une plus grande collaboration de tous, montrent une plus grande motivation à venir en classe. La classe flexible semble également permettre d’impliquer davantage les parents dans la vie de l’école : Dès le départ, nous avons impliqué les familles dans ce projet de classe flexible. En effet, il nous paraissait important, dans un contexte d’école où les familles s’impliquent très peu dans la vie de l’école, de les associer au projet. Nous avons mis un mot dans le cahier de liaison afin d’expliquer le projet et demander une participation sous forme de dons de meubles, coussins, sièges etc. Les retours des parents ont été très positifs et plusieurs parents nous ont donné des tapis, des tables, des chaises, des meubles. Nous avons pris l’habitude de leur faire visiter la classe à chaque rendez-vous et de leur réexpliquer le projet. Par ailleurs, les élèves sont fiers d’avoir participé à l’aménagement de la classe en rapportant des affaires de chez eux et ont pu échanger à la maison à ce sujet[18].

Mais, soyons prudents, il faudrait pouvoir examiner tout cela dans plusieurs écoles à indices socio-économiquement faibles de Belgique, afin de pouvoir confirmer l’impact positif des classes flexibles sur les élèves plus défavorisés.

Points de vigilance

Les classes flexibles semblent donc présenter de nombreux bénéfices. Mais n’y aurait-il pas des points de vigilance à prendre en compte ? Sont-elles praticables en l’état par tous les enseignants et tous les élèves ?

Frédéric Coché met tout de même en garde : J’aurais en revanche un point de vigilance à soulever : dans une dynamique de choix et de responsabilisation des élèves face à leurs apprentissages, il y a toujours un risque que les élèves choisissent et approfondissent en priorité ce qu’ils savent bien faire et évitent ce qui les met en difficulté. Or, c’est parfois justement dans ces activités qu’il est important qu’ils passent du temps afin de progresser. Il est donc primordial que l’enseignant installe un système rigoureux de régulation des activités pour assurer que les élèves progressent dans les apprentissages et compétences qu’ils ne maitrisent pas encore et qui leur posent des difficultés.

Autre point de vigilance : ces classes flexibles ne demandent-elles pas du travail supplémentaire à l’enseignant qui est déjà tellement surchargé ? En effet, appliquer une pédagogie différenciée demande une capacité pour l’enseignant à pouvoir s’adapter à chaque profil spécifique des apprenants composant le groupe classe. Pour faciliter la compréhension et favoriser la réussite de chacun de ses élèves, il doit se former et être attentif aux outils et méthodes pédagogiques adaptés qui permettront à chaque élève de se sentir bien dans son environnement de travail. En clair, on lui demande d’avoir toujours à l’esprit que les enfants sont tous différents, ne sont plus de simples réceptacles de savoir, mais des êtres avides d’autonomie et de nouvelles expériences. L’enseignant est-il suffisamment formé à cette pédagogie différenciée ? Ne faut-il pas veiller à ce que la formation initiale et continuée des enseignants aille bien dans ce sens ?

N’y a-t-il pas aussi un risque de nuisance sonore dans la classe et de manque de discipline de la part des élèves ? N’y a-t-il pas un danger que la classe se transforme en une « joyeuse fête » non propice à la concentration ? Est-ce qu’avec une classe flexible, l’enseignant va se sentir suffisamment sûr de lui et n’aura pas de problèmes d’autorité ? On peut se poser la question des classes flexibles adéquates pour tous les élèves, mais on pourrait aussi poser la question de l’adéquation des classes flexibles pour tous les enseignants.

Les freins cités dans l’analyse évoquée plus haut[19] étaient le risque de non-motivation des enseignants et la non-collaboration de l’ensemble de l’équipe éducative à ce genre de projet afin d’en faire profiter le plus grand nombre d’élèves : Le seul frein que voit Marc de Spiegelaere[20] à la mise en place d’une classe flexible est le manque de motivation de la part d’un instituteur. Il importe qu’il le fasse uniquement parce qu’il en est convaincu lui-même. On peut également poser la question du travail collaboratif au sein de l’équipe pédagogique. Ne faut-il pas penser ce genre d’aménagement avec l’ensemble de l’équipe de l’école, afin assurer une continuité au profit de tous les élèves ?[21]

Mise en pratique de la classe flexible parfois boiteuse….

Interrogeons-nous : dans certains cas, une mauvaise mise en pratique de la classe flexible ne pourrait-elle pas jouer de mauvais tours aux enfants les plus faibles scolairement ?

Dans l’hypothèse d’une mauvaise mise en pratique de la classe flexible, certains enseignants pourraient exiger que tous les enfants (y compris les enfants qui ont des difficultés scolaires) utilisent le ballon, le tabouret ergonomique, fassent une tournante sans leur laisser vraiment le choix. N’y aurait-il pas là un risque ? Ne faut-il pas aussi laisser la liberté à certains enfants de rester dans des conditions plus classiques ? Ne faut-il pas pouvoir offrir différents types d’assises aux élèves sans pour autant les imposer ? Christophe Vanderroost[22], formateur en éducation, explique les dérives d’une mauvaise mise en pratique et d’une imposition aux enfants : Il y a des enseignants qui font des tournantes d’assise (toutes les 50 minutes, les élèves doivent changer d’assise), mais cela est contre-productif par rapport à l’objectif de départ. C’est à l’enfant à ressentir ce dont il a besoin et prendre la bonne assise pour le travail demandé. L’avantage de la classe flexible est aussi de rendre l’enfant autonome par rapport au choix qu’il a à faire. L’idéal serait que les enseignants apprennent aux élèves à comprendre à quoi servent les différents types d’assises et à se connaître eux-mêmes ainsi que leurs besoins. Mais, pour de jeunes enfants, ayant par ailleurs quelques difficultés, cette autonomie demandée n’est-elle pas trop compliquée ?

Le témoignage d’une maman[23] désirant garder l’anonymat nous met également en garde sur certaines dérives liées à la mise en pratique boiteuse des classes flexibles. Au départ, très attirée par la pédagogie en classe flexible et connaissant bien les principes de différentes pédagogies alternatives telles que Montessori, Decroly, Freinet et plus récemment Céline Alvarez, j’étais enchantée de savoir que ma fille allait bénéficier d’un tel enseignement. C’était pour moi un privilège ! Ma fille étant une petite fille très créative, autonome, intéressée, mais aussi très dispersée et désorganisée, je me suis dit qu’elle serait comme un poisson dans l’eau avec ce type de classe flexible qui s’adapterait pour une fois à sa façon spécifique d’aborder les apprentissages.

A mon grand étonnement, de jour en jour, j’ai perçu un certain mal-être chez ma fille qui n’a fait que s’intensifier jusqu’à un refus de tout apprentissage. C’était la croix et la bannière dès qu’on prononçait le mot « école », « devoir », « dictée ». (Elle voyait d’ailleurs une logopède pour l’aider en plus de l’école).

Ce qui n’a pas convenu à ma fille, n’était pas la pédagogie en tant que telle, mais bien la façon dont elle était mise en place au sein de la classe. Les principes théoriques étaient clamés haut et fort, mais n’étaient pas respectés en classe. Ma fille était de plus en plus dispersée et son estime de soi au niveau scolaire en chute libre. Chaque fois qu’elle levait son doigt pour avoir de l’aide, on lui disait d’être autonome et de se débrouiller. Elle n’avait aucun retour sur les leçons qu’elle apprenait et ne savait pas si un jour Madame allait lire ce qu’elle avait écrit.  Elle se sentait nulle et n’osait plus lever son doigt. Il y avait du rouge partout dans ses cahiers. Elle devenait stigmatisée comme la fille de la classe qui fait rire les autres mais qui ne travaille pas bien. Elle pleurait chaque jour le soir avant d’aller dormir…

Aujourd’hui, son papa et moi avons décidé de la mettre dans une école traditionnelle, très structurée où chaque jour se ressemble, et ma fille est ravie ! Elle a un sentiment de compétence qu’elle n’a jamais eu auparavant, elle aime travailler pour l’école et joue depuis peu « à l’institutrice » ! C’est un plaisir de découvrir qu’elle aime l’école !

Ce témoignage nous éclaire sur le fait que la mise en place d’une classe flexible n’est pas une chose aisée et qu’elle doit s’accompagner d’une formation rigoureuse des enseignants. Faire de sa classe une classe flexible n’est donc pas de l’ordre de l’improvisation !

Les classes flexibles : un risque pour certains enfants qui ont des besoins spécifiques

Pour répondre à cette question, tournons-nous vers quelques associations qui représentent les parents d’enfants à besoins spécifiques. Nos exemples concernant les besoins spécifiques ne peuvent être que partiels. Nous n’y dresserons pas une liste exhaustive, mais les quelques exemples cités ci-après peuvent déjà nous éclairer.

Avant d’aller plus loin, il faut bien avoir en tête la distinction entre les élèves ayant des difficultés d’apprentissage et les élèves ayant des besoins spécifiques. Les difficultés d’apprentissage sont généralement passagères, dues à des facteurs externes (lacunes dans les apprentissages, explications non comprises, absentéisme, langue d’enseignement autre que la langue maternelle, manque de suivi scolaire…)[24]. Dans le code de l’enseignement, à l’article 1.1.3.1-1[25], il est écrit que les besoins spécifiques sont des besoins résultant d’une particularité, d’un trouble, d’une situation permanente ou semi-permanente d’ordre psychologique, mental, physique, psycho-affectif faisant obstacle au projet d’apprentissage et requérant, au sein de l’école, un soutien supplémentaire pour permettre à l’élève de poursuivre de manière régulière et harmonieuse son parcours scolaire dans l’enseignement ordinaire, fondamental ou secondaire.  

  • Classe flexible : un plus pour les enfants TDA/H ?

Prenons comme premier exemple un enfant ayant des troubles de l’attention. Le fait de bouger et de voir bouger les enfants autour de lui est-il vraiment bénéfique ou source de stress et de déconcentration ?

André Herry[26], bénévole à TDA/H Belgique, a son avis sur la question. La classe flexible semble être la classe idéale pour les élèves avec TDA/H, à condition que le concept d’autonomie soit lui aussi flexible. En effet, l’enfant atteint de TDA/H a besoin de plus de structure que tout autre enfant. Il faut que les enseignants acceptent et comprennent qu’il est important d’accompagner l’enfant dans ses choix, de l’encourager aussi à aller jusqu’au bout de sa tâche plutôt que papillonner d’un coin à l’autre de la pièce « pour trouver sa place ». Si cela se passe ainsi et si je me place dans la peau de l’enfant, je dis oui, les classes flexibles cela peut être quelque chose de génial !  Si je me place dans la peau de l’enseignant, j’aurais des craintes ; cela semble demander énormément de souplesse, de sens de l’observation et d’organisation. Pour ma part, je ne sais pas si je me sentirais capable de relever ce défi.

Pour Ludivine Halloy, les enfants qui bénéficient le plus rapidement de la classe flexible sont justement ceux qui souffrent d’un trouble de l’attention-concentration avec ou sans hyperactivité. Nous avons tous besoin de mouvements, mais, quand ce besoin est essentiel à la concentration, une classe ordinaire peut vite devenir une forme de torture. Dans une classe flexible, l’élève choisit sa place et en change quand il en ressent le besoin. L’enseignant peut également proposer des assises dynamiques : galettes remplies d’air, ballons d’assises, ou même de travailler debout. 

  • Un manque de repères fixes pour les élèves à besoins spécifiques

Beaucoup plus sceptique sur les bienfaits des classes flexibles, l’APEDA[27] (Association belge de Parents et Professionnels pour les Enfants en Difficulté d’Apprentissage), explique que les élèves à besoins spécifiques ont souvent besoin de repères visuels fixes. Elle s’interroge donc sur la manière d’organiser une classe flexible avec des repères suffisants. En effet, les élèves qui ont des problèmes de balayage visuel ont besoin que les informations affichées au tableau ou aux murs soient systématiquement positionnées au même endroit dans la classe et si ces élèves sont obligés de changer de place en classe, ils perdent alors leurs repères. De la même manière, si l’enseignant bouge constamment en classe, le jeune dyspraxique[28] ainsi que l’élève dyslexique phonique[29] seront mis en difficulté. Pour l’APEDA, ces élèves ont besoin de prévisibilité afin de soulager le coût cognitif de l’organisation pratique de leur poste de travail (surtout pour les dyspraxiques, mais pour les autres dys aussi). Réinventer pour chaque activité son poste de concentration, de travail, est un réel effort pour les dys.

L’APEDA craint également que la classe flexible n’épuise l’enfant à besoins spécifiques. Certains de « nos jeunes » ne seront pas créatifs pour leur organisation personnelle. Quels garde-fous pourront être mis en place pour détecter un épuisement de l’enfant du fait de son organisation à réinventer avant même de rentrer dans la matière à travailler ? L’idée de la classe flexible est de soulager les enfants via un confort d’assise, de type de zone choisi… Comment faire pour que cette flexibilité des uns n’empiète pas sur le besoin fondamental des jeunes dys de ne pas les mettre en challenge ou en double tâche pour qu’ils trouvent leur place ?

Concernant l’applicabilité des classes flexibles à tous les élèves, l’APEDA reste très prudente et soulève des questions auxquelles nous devons, semble-t-il, faire attention :  Comment une classe flexible pourra-t-elle intégrer des jeunes enfants qui « ne joueront » pas le jeu de ces changements à répétition de position dans la classe ? La classe flexible ne devrait-elle pas prévoir une zone « non flexible » pour les enfants qui ne souhaitent pas bouger sans cesse ? Ce serait alors le top de la flexibilité que d’y intégrer de la non-flexibilité selon les profils des élèves !

  • Classe flexible : un plus pour les élèves HP (Haut Potentiel) ?

Et qu’en est-il des enfants à haut potentiel ? Ceux-ci trouvent-ils facilement leur place dans une classe flexible ? Ces enfants ont d’autres besoins spécifiques. Vont-ils pouvoir être épanouis dans de telles classes ? Pour Carine Doutreloux[30] ,formatrice, coach, consultante HP, présidente bénévole chez EHP-Belgique et, par ailleurs, présidente de l’UFAPEC, la classe flexible répond très bien au mode de fonctionnement des élèves à haut potentiel qui aiment apprendre en autonomie, en binôme ou en petit groupe et surtout par projet. Elle explique que la classe flexible offre un cocon bienveillant où les enfants HP prennent facilement leur place et se sentent à l’aise pour déployer tout leur potentiel. Cette classe leur apporte l’espace qui favorise les échanges et les partages dont ils ont besoin pour renforcer ou confronter leurs idées. Qu’ils aient ou pas un ou plusieurs troubles associés, la classe flexible, mais structurée, offre un environnement favorable aux aménagements raisonnables dont ils ont parfois besoin tels que l’utilisation d’un casque ou des écouteurs avec musique apaisante, un isolement quand les émotions sont trop fortes ou la possibilité de bouger sans perturber le reste de la classe.

Cependant, Carine Douteloux met en garde sur le besoin de clarté quand on organise une classe flexible : L’organisation, l’aménagement et le fonctionnement de la classe flexible gagent cependant à être clairs, idéalement co-construits avec les élèves à haut potentiel. Ceci va les rassurer d’autant plus qu’ils pourront ainsi explorer et partager leur créativité, des nouvelles stratégies ou initiatives innovantes. 

Enfin, elle souligne un point important : La classe flexible correspond d’ailleurs tout à fait aux Classes Oxygène©, aménagements raisonnables collectifs pour ados HP, que j’ai créées en 2017 et qui visent le regroupement d'élèves à haut potentiel autour de projets divers[31]

Conclusion

Le Pacte pour un enseignement d’excellence prône une école inclusive. Nous considérons comme essentiel de favoriser l’inclusion ou le maintien dans l’enseignement ordinaire d’élèves présentant des besoins spécifiques, moyennant des aménagements raisonnables, et d’encourager l’intégration totale ou partielle d’élèves de l’enseignement spécialisé dans l’enseignement ordinaire, moyennant un soutien spécifique de la part des acteurs de l’enseignement spécialisé[32] .

Nous venons de voir que les objectifs des classes flexibles visent au départ la facilitation des apprentissages et également l’inclusion de tous les élèves avec leurs différentes compétences et leurs multiples talents.

Dans l’axe stratégique 5 de l’avis n°3[33], le Pacte pour un enseignement d’excellence insiste aussi sur l’importance d’une école plus accessible, plus ouverte sur son environnement et mieux adaptée aux conditions du bien-être de l’enfant, dans une perspective de réussite scolaire.

Mais nous avons vu également que faire de sa classe une classe flexible ne s’improvise pas. Cela demande une formation soutenue des enseignants.

Grâce aux classes flexibles, les enfants peuvent choisir les emplacements et supports qui leur conviennent le mieux pour se concentrer et apprendre de manière plus aisée. Un des éléments positifs de ces classes flexibles est le développement de l’autonomie et la responsabilisation des élèves face à leurs apprentissages. Les classes flexibles permettent également une pédagogie différenciée (l’enseignant va pouvoir s’occuper de chaque élève selon ses spécificités), mais tout cela n’est pas aisé à mettre en place. Dans son dernier mémorandum[34], l’UFAPEC recommande d’ailleurs d’intensifier la mise en place de la différenciation pédagogique dans la pratique des enseignants.

Dans les nombreux points de vigilance relevés dans cette analyse, retenons qu’il est primordial que les enseignants installent un système rigoureux de régulation des activités pour assurer aux élèves de progresser dans les apprentissages et compétences qu’ils ne maitrisent pas encore et qui leur posent des difficultés.

Outre la question de savoir si les classes flexibles sont propices à tous les élèves, nous pouvons aussi nous demander si ces mêmes classes sont propices à tous les enseignants sans mettre en place une formation appropriée pour les encourager dans ce sens.  

La mise en pratique d’une telle classe ne doit pas être boiteuse et requiert certainement un travail supplémentaire dans le chef des enseignants. Cela demande peut-être également une concertation et une collaboration de l’équipe éducative pour globaliser cette manière de faire au sein de l’école entière, ainsi qu’une discussion au conseil de participation.  L’organisation, l’aménagement et le fonctionnement de la classe flexible doivent être bien réfléchis et idéalement co-construits avec les élèves, mais aussi avec l’ensemble des acteurs de l’école, y compris les parents.

Certaines associations représentant les élèves à besoins spécifiques désirent que l’on soit, dans tous les cas, prudents quant à la systématisation de telles classes, car celles-ci ne pourraient pas correspondre à tous les élèves, y compris les élèves à besoins spécifiques qui ont besoin, pour beaucoup, de repères fixes.

Même si l’UFAPEC encourage les dynamiques pédagogiques favorisant plus de bien-être, de coopération, de réussite et incite les enseignants à repenser leurs cadres de classe[35], celle-ci appelle à la prudence. Les mises en pratique des classes flexibles doivent être, sans nul doute, bien réfléchies pour amener les enfants, quels qu’ils soient, à s’épanouir dans leurs apprentissages.

 

France Baie

 


[1] On parle de plus en plus de la classe flexible ou Flexible seating. Cette idée venue d’Amérique du Nord nous amène à penser l’espace-classe autrement…- https://www.laclasse.fr/ressources-pedagogiques/la-classe-flexible/ - lien vérifié le 9 mars 2021.

[3] Idem.

[4] Sandrine Couteaux est intervenante à la conférence organisée en ligne par Festival out of The books à laquelle l’UFAPEC a participé le 20 janvier 2021.

[5] Manon CLAES, Réaménager les classes pour favoriser l’apprentissage et le bien-être des élèves ?, analyse UFAPEC n° 26.18, novembre 2018 - http://www.ufapec.be/nos-analyses/2618-reamenagement-classes.html - lien vérifié le 9 mars 2021.

[6] Citoyen Responsable Actif Critique Solidaire - http://www.douzquinz.be/moi-et-ma-planete-temps-libre/toi-un-cracs/cest-quoi-un-cracs/ - lien vérifié le 24 mars 2021.

[9] Sandrine Couteaux est intervenante à la conférence organisée en ligne par Festival out of The books à laquelle l’UFAPEC a participé le 20 janvier 2021.

[10] Interview de Frédéric Coché effectuée par France Baie, le 5 mars 2021.

[12] Selon le décret "Missions" (art 5, §12), la pédagogie différenciée est "une démarche d'enseignement qui consiste à varier les méthodes pour tenir compte de l'hétérogénéité des classes ainsi que de la diversité des modes et des besoins d'apprentissage" - Décret "Missions" du 24 juillet 1997 (mise à jour du 09 octobre 2018). La pédagogie différenciée s’inscrit dans les pratiques de différentiation aux côtés de la remédiation, des activités de dépassement et de l’accompagnement personnalisé. Cfr. Code de l’enseignement, pp. 117-118 – https://www.gallilex.cfwb.be/document/pdf/47165_001.pdf - lien vérifié le 26 mars 2021.

[13] Ludivine Halloy, Classe flexible : Aide ou obstacle à la prise en compte des besoins spécifiques ?, in La classe flexible : je me lance ! Cycles 1, 2, 3 et secondaire, Editions de Boeck Supérieur -

https://www.deboecksuperieur.com/ouvrage/9782807329300-la-classe-flexible-je-me-lance - lien vérifié le 7 mars 2021.

[15] Code de l’enseignement – Titre IV- Missions de l’enseignement fondamental et de l’enseignement secondaire – Chapitre 1er – Des Missions prioritaires. Article 1.4.1-1, p.8 -https://www.gallilex.cfwb.be/document/pdf/47165_001.pdf - lien vérifié le 26 mars 2021.

[16] Marion Del’Homme, Mise en place d’une classe flexible : quels impacts sur les compétences des élèves ? Education,  2018 - https://dumas.ccsd.cnrs.fr/dumas-01808313/document - lien vérifié le 22 mars 2021.

[17] CE2=3ème primaire.

[18] Marion Del’Homme, Mise en place d’une classe flexible : quels impacts sur les compétences des élèves ? Education,  2018 - https://dumas.ccsd.cnrs.fr/dumas-01808313/document - lien vérifié le 22 mars 2021.

[19] Manon CLAES, Réaménager les classes pour favoriser l’apprentissage et le bien-être des élèves ?, analyse UFAPEC n° 26.18, novembre 2018 - http://www.ufapec.be/nos-analyses/2618-reamenagement-classes.html - lien vérifié le 9 mars 2021.

[20] Instituteur primaire à l’école Sainte-Marie de Bousval.

[21] Manon CLAES, Réaménager les classes pour favoriser l’apprentissage et le bien-être des élèves ?, analyse UFAPEC n° 26.18, novembre 2018- http://www.ufapec.be/nos-analyses/2618-reamenagement-classes.html - lien vérifié le 9 mars 2021.

[22] Interview de Christophe Vanderroost effectuée par France Baie, le 16 décembre 2020.

 

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