-
Ecole maternelle : la danse comme enjeu de socialisation ?
Télécharger le document
03.26/ Ecole maternelle : la danse comme enjeu de socialisation ?
Introduction
Les parents que nous rencontrons lors de nos animations pointent souvent l'importance d'un développement global de leur enfant et désirent que l'école maternelle puisse organiser des activités et apprentissages incluant les dimensions cognitives, affectives, motrices et aussi sociales. En clair, les parents désirent que leur enfant soit bien dans sa tête, mais aussi bien dans son corps. Ils se disent encore préoccupés de savoir si leur enfant est bien intégré dans le groupe-classe ainsi qu'à l'école. Face à ces préoccupations parentales légitimes et dans un contexte sociétal marqué par une attention croissante aux droits de l'enfant de se sentir épanoui, mais aussi de pouvoir apprendre à "vivre ensemble", la place accordée au corps et, plus particulièrement, la place donnée à la danse à l'école maternelle mérite d'être questionnée.
Dans cette analyse, nous désirons voir si la danse peut donner aux enfants, dès le plus jeune âge, des outils pour mieux connaitre leur corps et être un levier de socialisation. Apprendre à vivre ensemble, c'est sans doute là un enjeu clef de notre société souvent individualiste. C'est, en effet, à travers les relations avec les autres que l'individu apprend à devenir membre de la société. Cet apprentissage est essentiel dès l’école maternelle car elle est parfois le premier lieu de socialisation pour certains enfants.
Nous pointerons quelques atouts qu’il y a à utiliser la danse comme levier de socialisation et nous verrons quels peuvent être les manques, les appréhensions et les limites susceptibles de faire débat.
Le corps à l’école : maîtrisé ou libre ?
Si nous voulons aborder la place de la danse à l’école maternelle, nous ne pouvons pas faire l'impasse d'aborder la place du corps à l'école. Le corps est avant tout le substrat social de l'être humain, il forme le matériau premier des expressions humaines, qu'il s'agisse des mimiques, des postures, des gestes, de la dynamique corporelle. Le corps est langage antérieur à la parole[1], affirme Geneviève Vinsonneau, docteure d’État en psychologie sociale [2]. Le corps est la première manière qu'à l'enfant d'entrer en relation avec le monde. À l'école maternelle, le corps des enfants est omniprésent. Les corps se déplacent, courent, tombent, imitent, sautent, dansent, interagissent, s'expriment avant même que les petits puissent mettre des mots sur ce qu'ils vivent. Ils ont souvent besoin de bouger, cette réalité est, en partie, reconnue : ils disposent de moments de récréation, de périodes de psychomotricité ou de jeux libres.
À l’école maternelle, les programmes scolaires reconnaissent donc l'importance de bouger. Mais dans les faits, ces dimensions ne sont-elles pas plutôt perçues comme des moments fonctionnels : se défouler pour ensuite canaliser l'énergie et se tenir tranquille ? En effet, le cadre scolaire repose parfois sur une régulation des corps. L'apprentissage de la posture scolaire (rester assis, lever la main, se déplacer en rang, maîtriser les gestes et les émotions, écouter, attendre son tour) est souvent considéré comme une condition nécessaire aux apprentissages fondamentaux. Le corps devient alors un objet à canaliser, parfois à corriger. Les enfants dont le corps déborde, s'agite ou résiste aux normes attendues sont souvent perçus comme en difficulté. Comment dès lors concilier les besoins corporels des jeunes enfants avec les exigences de l'institution scolaire ? C'est sans doute une question à se poser à tout moment et à mettre à l'ordre du jour de certains plans de pilotage[3].
Importance de bouger
La place du corps à l'école ne relève pas du hasard. Elle s'inscrit dans une histoire longue, marquée par une séparation progressive entre le corps et l'esprit. L'école s'est construite autour de la valorisation de l'intellect, du langage verbal et de l'abstraction, reléguant le corps au second plan. Cette vision influence parfois encore aujourd'hui les pratiques scolaires même si elle est de moins en moins présente. On s'ouvre, en effet, de plus en plus, à l'importance de bouger. Plusieurs de nos précédentes analyses comme celle sur les "classes du dehors"[4] montrent cet engouement sur le besoin d'être dehors, de bouger et d'expérimenter. Une autre de nos analyses montre encore combien les écoles y sont de plus en plus attentives : Le mouvement prend de plus en plus d'ampleur dans les écoles pour contribuer à réactiver et améliorer les performances physiques et intellectuelles. Le mouvement permettrait un meilleur bien-être au futur apprenant[5].
Les psychomotriciens sont d'accord pour dire que bouger est essentiel dans le développement de l'enfant, car cela lui permet de s'approprier l'espace et le temps. La question de l'espace est essentielle, par exemple. On a toujours besoin de trouver sa place, que ce soit dans un groupe, que ce soit dans son travail, que ce soit pour les enfants à l'école. Trouver sa place est une dimension fondamentale de l'existant, affirme Catherine Potel, psychomotricienne, dans une interview effectuée par Yapaka[6].
Lorsque nous avons abordé l’éveil musical[7] (lié aussi à la danse), nous avons pointé la théorie des intelligences multiples développée par Howard Gardner, psychologue américain. Il nous semble important ici de rappeler cette existence de huit intelligences dans le développement de l’enfant, toutes aussi importantes les unes que les autres. Il s’agit des intelligences visuelle-spatiale, musicale-rythmique, corporelle-kinesthésique, verbale-linguistique, logique-mathématique, interpersonnelle, intrapersonnelle et naturaliste. Dans leur ouvrage, Albane de Beaurepaire et Bruno Hourst, respectivement formatrice et chercheur en pédagogies nouvelles, évoquent le fait que l’activité physique stimule le fonctionnement cérébral. Pour l’enfant, avoir une activité physique, de modérée à soutenue, est associé à des performances scolaires accrues, avec un impact positif sur le long terme, jusqu’à l’adolescence[8].
La danse comme espace de socialisation
Bouger est donc important et la danse est un bon moyen de mobiliser le corps. Contrairement à d'autres activités physiques, la danse mobilise l'imaginaire, l'émotion et la relation à l'autre. Penser la danse comme un enjeu de socialisation peut sembler surprenant. Pourtant, à l'échelle de l'école maternelle, elle offre un terrain d'observation privilégié. Dans une activité de danse, chaque enfant est invité à trouver sa place, avec son corps tel qu'il est. Il n'existe pas une seule manière correcte de bouger. Cette pluralité des expressions corporelles peut favoriser la reconnaissance des différences et le respect mutuel. Karim Boutchich, docteur en sciences de l’éducation et chercheur au CERLIS/CNRS[9], affirme que la danse, en particulier, a des bienfaits sur la socialisation. Cette expression corporelle et ce langage du silence, vécus collectivement, contiennent une symbolique inconsciente et improvisée qui, conscientisés lors d’une leçon de danse, permettent à l’élève de vivre sa danse, avec ses camarades, non pas comme une succession de mouvements stéréotypés, mais comme un moyen de se sentir bien dans le groupe[10].
Dans une recherche franco-québéquoise, Hélène Duval (Université du Québec à Montréal) et Alexandra Arnaud-Bestieu (Université d’Aix-Marseille) affirment également que l’apprentissage de la danse à l’école permet de développer le bien-être personnel, le sens de la collectivité, l’inclusivité, la capacité d’adaptation et la créativité. L'élève construit son identité en s'ouvrant à lui-même et développe son empathie en s'ouvrant aux autres par le mouvement dansé. Dans le processus d'apprentissage de la danse et de sa présentation à autrui, il découvre une confiance en soi, aux autres et au processus de création. En pratiquant la danse à l'école, l'élève peut s'épanouir en développant son rapport au corps, un rapport à autrui et un rapport à l'apprentissage plus sain pour s'ouvrir à sa culture et à celles des autres[11], explique cette recherche. D’autres pays que la Belgique, ont compris combien la danse à l’école peut être un levier de socialisation. On peut se référer, par exemple, aux réussites emblématiques d’écoles créées en Amérique du Sud dans des quartiers défavorisés : le Collège du Corps, fondé par Álvaro Restrepo et Marie-France Delieuvin à la fin des années 1990 à Carthagène en Colombie, et le centre de formation installé par la chorégraphe Lia Rodrigues et l’association Redes da Maré dans la favela de Maré au Brésil. Les deux écoles sont situées dans un contexte de pauvreté et de violence. Leur impact social n’est plus à démontrer[12].
La danse : accessible à tous ?
La danse permet également une forme de participation accessible à tous, y compris aux enfants qui maîtrisent moins le langage verbal. Effectivement, la danse a la particularité d’être un langage universel. Lorsqu'elle est pensée de manière inclusive, la danse permet à tous les enfants, quels que soit leur milieu social ou leur parcours, de participer sur un pied d'égalité. Elle permet de donner une voix à ceux qui ne disposent pas encore de tous les outils langagiers. Nous pensons ici aux enfants qui ont des difficultés avec la langue française et qui sont issus de familles d'origine étrangère ou précarisées. Rappelons qu’à son arrivée à l’école, le petit enfant est projeté dans la langue dite « officielle » ou « légitime » basée sur l’écrit. Pour les enfants dont le milieu familial partage ce même patrimoine langagier, l’accrochage se fera aisément. Pour les élèves précarisés, l’accrochage sera plus difficile, voire inexistant, le français de l’école restant souvent hermétique, voire en opposition avec celui de la famille et de ses codes[13].
La danse permet d’ouvrir un espace où chacun peut s’exprimer et être vu, entendu et reconnu. À travers le mouvement, les enfants expérimentent la cohabitation, l'écoute et la négociation de l'espace commun. Ces apprentissages participent à la construction d'une culture de partage et de vivre ensemble dès le plus jeune âge. Pour certains enfants, notamment ceux qui rencontrent des difficultés scolaires ou de socialisation, la danse peut devenir un moyen privilégié de s'exprimer et de trouver sa place dans le groupe. Danser dès les premières années de la vie et de la scolarité implique de respecter le rythme et l'espace de l'autre, ce qui peut renforcer les compétences sociales. La danse ne se limite donc pas à une expression individuelle. Elle implique le collectif : danser ensemble, respecter l'espace de l'autre, coordonner ses mouvements, observer et être observé. Ces expériences contribuent au développement de compétences dont l’élève aura besoin durant toute sa scolarité et dans sa vie d'adulte.
Intégrer la danse à l'école permet aussi de favoriser l'égalité des chances. En effet, les enfants issus de familles favorisées auront plus facilement accès à des cours de danse dans des activités payantes et extrascolaires, alors que pour les autres, l'école reste parfois le seul lieu de découverte artistique. La danse permet également une ouverture sur la diversité culturelle. Dans de nombreuses cultures, la danse traditionnelle est inextricablement liée à des événements rituels tels que des mariages, des célébrations religieuses ou des fêtes saisonnières. Par exemple, les peuples autochtones d’Amérique intègrent des danses cérémonielles dans leurs fêtes, permettant à chacun de participer au récit collectif de leur lignée. Ces moments de partage renforcent les liens sociaux et favorisent la transmission des histoires, des croyances et des valeurs[14]. En Belgique, on ne peut pas dire que nos cérémonies et rites de passage sont franchement accompagnés de danses comme c’est le cas dans d’autres pays. En découvrant différents styles de danses (contées ou folkloriques, contemporaines, improvisées, classiques, hip-hop, jazz, etc.), à travers les différents mouvements et musiques, les enfants prennent conscience de la pluralité des expressions culturelles. Cette ouverture est particulièrement importante dans une société multiculturelle comme la nôtre. On peut très bien imaginer des institutrices inviter des parents de cultures différentes dans la classe afin que les enfants expérimentent des danses étrangères. N'est-ce pas cela aussi l'ouverture à l'autre et au vivre ensemble
Lien entre la danse et le référentiel des compétences initiales
Le référentiel des compétences initiales[15] qui inclut les compétences à développer en ECA[16] (éducation culturelle et artistique) souligne l'importance d'utiliser la danse comme support. Emmanuelle Detry, coordinatrice du Parcours d’éducation culturelle et artistique (PECA[17]) au SeGEC[18], explique que le cours d’ECA couvre trois modes d’expression (champs) : expression plastique, expression musicale et expression française et corporelle (arts vivants : théâtre, danse, conte et expression vocale) et cela dès les maternelles[19]. La danse est donc nommée à quelques reprises dans le référentiel des compétences initiales lorsque l’on aborde « l’expression française et corporelle ».
Pour ne donner qu'un exemple, pour les première et deuxième maternelle, il est demandé à l'enseignant de faire en sorte que l'enfant s'approprie la danse.
Manques et limites
Si on se penche sur le domaine d’apprentissage « éducation physique, bien-être et santé-psychomotricité » figurant dans le référentiel des compétences initiales, on peut apercevoir certains manques. Même si ce référentiel rappelle que la psychomotricité développe à la fois le mouvement et la réflexion sur le mouvement. L’éducation au bien-être et à la santé s’intègre à cette attention portée au développement global de l’enfant[21], la danse n’est pas littéralement citée dans les compétences attendues. C’est limité à des attendus comme « se déplacer selon un rythme simple montré par l’adulte »[22]. Même si les verbes « marcher, courir, ramper, tirer, pousser, lancer, gérer son équilibre »[23] sont eux bien présents, le verbe danser n’apparaît jamais explicitement. La danse est donc classée comme pratique artistique et non comme compétence psychomotrice et socialisatrice en tant que telle.
Malgré ses potentialités, la danse à l'école maternelle ne va pas de soi. Les enseignants et futurs enseignants ne prennent parfois pas suffisamment conscience de l’intention pédagogique qu’il y a derrière la danse. Il me semble qu’il ne faut pas l’utiliser seulement comme un simple défoulement, mais bien comme un levier d’apprentissage vers d’autres finalités. C’est une activité carrefour, on peut en effet utiliser la danse pour de nombreuses raisons différentes chez les tout petits et la socialisation est une de ces finalités. Elle doit être investie et cela demande des compétences multiples. Ce qui semble dommage c’est qu’elle est souvent investie seulement par certains enseignants qui portent de l’intérêt à cette discipline et qui sont plus sensibles à ce qu’elle peut apporter[24], affirme Gaëlle De Cuyper, maître-assistante en éducation physique et à la santé, didactique de la psychomotricité, coordinatrice des stages en psychomotricité en section 1, à la Haute Ecole Léonard de Vinci de Louvain-la-Neuve.
La pratique de la danse se heurte parfois à quelques frilosités. Il existe des contraintes matérielles, institutionnelles et symboliques. Le manque de temps, d'espace ou de formation peut limiter la mise en œuvre. Des réticences peuvent également provenir des représentations sociales de la danse, parfois associée à une activité secondaire, voire à des stéréotypes de genre. En effet, dans notre société tout comme à l'école, la danse est encore associée au féminin. En maternelle, certains enseignants hésitent encore à proposer de la danse, craignant qu'elle ne soit pas investie de la même manière par les garçons. Ce phénomène contribue à renforcer très tôt les stéréotypes de genre, alors même que la petite enfance pourrait être un espace privilégié pour les déconstruire. Les plus sceptiques estiment que la danse est une activité périphérique, moins utile que l'apprentissage de bases tels que l'apprentissage du français ou du calcul. Ils craignent aussi que l’enseignement de la danse exige des moyens supplémentaires (formation, locaux adaptés).
Il y a encore de nombreuses peurs chez les futurs enseignants et les enseignants, car ils craignent que les enfants s’emballent lorsqu’ils entendent de la musique. Cela demande tout de même une préparation plus spécifique[25], explique Patsy Pauwels, maître assistante en psychomotricité et en éducation corporelle à la Haute École Léonard de Vinci de Louvain-la-Neuve. Parfois, lorsque les petits sont trop énervés, j’ai peur de me lancer dans une activité danse dans ma classe, car cela deviendrait ingérable[26], confirme une institutrice de deuxième maternelle d’une école à encadrement différencié du nord de Bruxelles qui désire rester anonyme. Pourtant, Jean-Claude Richoz, professeur-formateur à la Haute École pédagogique de Lausanne, en Suisse, affirme que les rondes et danses, par exemple, constituent un moyen efficace pour améliorer la cohésion de la classe, pour favoriser un esprit de groupe, pour développer le partage, la communication et la collaboration. Se lancer dans une ronde ou une danse peut sembler risqué à première vue, surtout si l'indiscipline règne. Mais les expériences vécues, même dans des classes difficiles, montrent que les enseignants ne doivent pas craindre de perdre le contrôle s'ils prévoient de telles activités[27].
Certains enseignants se sentent démunis face à cette activité, qu'ils associent à une compétence spécialisée. Cette appréhension professionnelle conduit parfois à éviter l'activité "danse" ou à la limiter à des chorégraphies répétitives, souvent en vue d'une représentation festive. En effet, lorsqu'elle est présente, la danse est souvent instrumentalisée au service d'un événement : fête scolaire, spectacle de fin d'année. Cette approche peut renforcer l'idée que la danse n'a de valeur que lorsqu'elle est montrée, évaluée par un regard extérieur. Or, cette logique de performance est en contradiction avec le potentiel émancipateur de la danse qui réside dans le processus de l'expérimentation, la créativité et le plaisir de danser plutôt que dans le résultat final. Certains diront aussi que la danse n'est pas automatiquement émancipatrice. Lorsqu'elle est réduite à l'apprentissage d'une chorégraphie imposée, reproduite à l'identique par tous les enfants, elle peut au contraire renforcer la conformité et l'obéissance. Il faudrait sans doute ritualiser davantage la danse à l’école et utiliser cette pratique plus souvent comme support à des visées telles que la socialisation des enfants et pas seulement pour préparer une fête d’école. L’idéal serait que la danse fasse partie de la culture scolaire, suggère encore Patsy Pauwels.
Conclusion
Interroger la place de la danse à l’école maternelle, c’est aussi interroger la place que nous accordons au corps dans les apprentissages et, plus largement, dans la construction du vivre-ensemble. À la lumière des recherches évoquées et des témoignages recueillis, la danse apparaît comme bien davantage qu’une activité accessoire ou festive : elle constitue un véritable levier de socialisation, particulièrement pertinent dès la petite enfance. Parce qu’elle mobilise simultanément le corps, l’émotion, l’imaginaire et la relation à l’autre, la danse permet à l’enfant d’expérimenter concrètement ce que signifie « faire groupe ». Elle l’invite à trouver sa place dans un espace partagé, à ajuster ses gestes à ceux des autres, à respecter un rythme commun, à coopérer. Elle offre également une voie d’expression à ceux qui disposent de moins de ressources langagières, contribuant ainsi à réduire certaines inégalités et à favoriser l’inclusion. Dans des classes de plus en plus hétérogènes sur les plans culturel et social, elle peut devenir un langage commun, un espace de reconnaissance mutuelle et d’ouverture à la diversité.
Le référentiel des compétences initiales reconnait l’importance du corps et de l’éducation culturelle et artistique. Toutefois, la danse reste encore trop peu envisagée comme outil structurant de socialisation, notamment dans le champ de la psychomotricité.
Les limites exprimées par certains enseignants (manque de formation, crainte de perte de contrôle, contraintes matérielles) ne doivent pas être minimisées. Elles soulignent la nécessité d’un accompagnement, d’une formation initiale et continue renforcée, ainsi que d’une reconnaissance institutionnelle plus claire de la valeur éducative de la danse. Pour qu’elle déploie tout son potentiel, la danse ne peut être réduite à une chorégraphie répétée en vue d’un spectacle ; elle doit s’inscrire dans une pratique régulière, pensée comme processus, et non comme simple performance.
Pour l’UFAPEC, faire une place plus affirmée à la danse en maternelle, ce n’est pas ajouter une activité de plus dans un programme déjà dense. C’est reconnaître que le corps est au cœur du développement global de l’enfant et que la socialisation s’apprend aussi (et peut-être d’abord) par l’expérience vécue et partagée. Dans une société marquée par l’individualisme, offrir aux enfants, dès le plus jeune âge, des espaces où ils expérimentent la coopération et la créativité collective constitue un enjeu éducatif majeur. La danse, lorsqu’elle est investie comme pratique inclusive et émancipatrice, peut ainsi contribuer à construire des fondations solides du vivre-ensemble.
France Baie
[1] VINSONNEAU G., « La construction sociale du corps » in Ville-Ecole-Intégration. Enjeux, hors-série n°6, décembre 2002 - https://www.persee.fr/doc/diver_1299-085x_2002_hos_6_1_7780
[2] Geneviève Vinsonneau est docteure d’État en psychologie sociale. Elle a dirigé de nombreuses recherches, principalement à l’université Paris V-René Descartes où elle enseigne la psychologie interculturelle.
[3] LONTIE M., Nouvelle gouvernance du système éducatif : quels sont les enjeux du pilotage des écoles implémentées par le pacte ? – analyse UFAPEC n°36.19 – décembre 2019 - https://www.ufapec.be/nos-analyses/3619-gouvernance-pilotage.html
[4] BAIE F., Faire classe dehors dans l’enseignement fondamental : une nouvelle approche ?, analyse UFAPEC n°02.19 – mars 2019 - https://www.ufapec.be/nos-analyses/0219-faire-classe-dehors.html
[5] SCHMIDT J-Ph., Bouger pour être mieux disposé à apprendre ?, analyse UFAPEC n°12.16, p. 8, juin 2016 - https://www.ufapec.be/nos-analyses/1216-bouger-pour-apprendre.html
[6] Yapaka, Bouger permet à l’enfant de s’approprier l’espace et le temps, https://yapaka.be/video/video-bouger-permet-a-lenfant-de-sapproprier-lespace-et-le-temps
[7] PIERARD A., L’éducation musicale, un antidote au décrochage scolaire ?, analyse UFAPEC n°22.23 – décembre 2023 - https://www.ufapec.be/nos-analyses/2223-educ-musicale.html
[8] HOURST B. et de BEAUREPAIRE A., Éveiller les intelligences multiples de son enfant, Éditions Hatier, Paris, 2019, p. 108.
[9] CERLIS (Centre de recherche sur les liens sociaux) - https://www.cerlis.eu/ et CNRS (Centre national de la recherche scientifique) - https://www.cnrs.fr/fr
[10] BOUTCHICH K., « La danse à l’école », in HAL Open Science, 2025 - https://hal.science/hal-05388759v1/document
[11] DUVAL H. et ARNAUD-BESTIEU A., « Comment et par qui la danse en éducation prépare-t-elle les jeunes aux défis de demain ? Perspectives de la France et du Québec pour l’horizon 2030 » – in Questions vives- Recherche en éducation, n° 35 , p. 8, décembre 2021 - https://www.researchgate.net/publication/360007555_Comment_et_par_qui_la_danse_en_education_prepare-t-elle_les_jeunes_aux_defis_de_demain_Perspectives_de_la_France_et_du_Quebec_pour_l'horizon_2030
[12] GERMAIN-THOMAS, « Éducation artistique et culturelle : la force de la danse », in CAIRN -Info, pp.49-55, 2020 - https://shs.cairn.info/revue-nectart-2020-1-page-48?lang=fr
[13] HOUSSONLOGE D., L’apprentissage du français à l’école maternelle, un enjeu scolaire et social de taille, analyse UFAPEC n°26.15 – Novembre 2015 - https://www.ufapec.be/nos-analyses/2615-francais-en-maternelles.html
[14] https://www.danseaujourdhui.fr/les-danses-folkloriques-a-travers-le-monde-traditions-et-cultures/
[15] Les référentiels du tronc commun – Le référentiel des compétences initiales – Pp. 42, 47 et 48 -http://www.enseignement.be/index.php?page=28597&navi=4920#documents
[16] L’ECA est le cours d’éducation culturelle et artistique du tronc commun et regroupe l’ensemble des domaines culturels et artistiques. Comme tout cours, elle repose sur un référentiel. Quatre périodes hebdomadaires y sont consacrées dans l’enseignement maternel, deux dans l’enseignement primaire et secondaire. https://www.peca.be/faq
[17] Le PECA intègre le cours d’éducation culturelle et artistique (et le référentiel ECA associé) mais ne s’y limite pas, puisqu’il reprend également toutes les autres expériences culturelles et artistiques vécues par les élèves au sein d’autres cours. Pour plus d’informations et de réflexions sur le PECA : BAIE F., Le PECA permettra-t-il d’assurer un égal accès de tous les élèves à l’art et à la culture ?, analyse UFAPEC n°15.19, septembre 2019- https://www.ufapec.be/nos-analyses/1519-peca.html
[18] Secrétariat général de l’enseignement catholique.
[19] SeGEC - Fondamental - Primaire, ECA et PECA ?, 2023 - https://www.youtube.com/watch?v=UeY8AnuIcbU
[20] Les référentiels du tronc commun – Le référentiel des compétences initiales – p. 42 -http://www.enseignement.be/index.php?page=28597&navi=4920#documents
[21] Ibidem, p. 87
[22] Ibidem, p. 88-
[23] Ibidem, p. 89
[24] Interview effectuée par France Baie, le 6 février 2026.
[25] Idem
[26] Interview effectuée par France Baie, le 10 février 2026.
[27] RICHOZ J.-C., « Des rondes et danses traditionnelles pour améliorer le gestion de classe » in Revues Prismes, Dossier : Apprendre en mouvement N°19, Revue pédagogique Hep Vaud Suisse, novembre 2013 - https://www.hepl.ch/files/live/sites/files-site/files/unite-communication/prismes/numero-19/articles/prismes-19-rondes-et-danses-traditionnelles-ameliorer-gestion-de-classe-j-c-richoz-2013-hep-vaud.pdf
